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Dossier : L'Enfer

Le Larousse définit l’Enfer comme un "lieu destiné au supplice des damnés" au sens propre, puis "l’occasion de cruelles souffrances" au sens figuré. Cela définit de facto deux principales manières d’appréhender ce concept. Son étymologie vient

du latin infernus, "qui est en dessous", ce qui préfigure son essence. - par JP. Mouillaud et S. Elfourti

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Introduction

Historiquement, les premières traces de l’Enfer sont mésopotamiennes (env. 2000 ans avant J-C). Selon cette approche, le monde est divisé en deux parties, l’"En haut", territoire des Dieux des vivants et l’"En bas", domaine des Dieux des morts. On notera que rien dans la littérature concernée ne prête à ce qu’un mort est jugé à son entrée dans les Enfers selon ses actes, cependant cette entrée revêt un caractère pessimiste puisque le destin du défunt est exempt de plaisir et d’affection, préfigurant son évolution d’un point de vue dogmatique futur. La description de ce monde se trouve dans différents récits célèbres tels que "l’Épopée de Gilgamesh", pour ne citer que celui-ci. Dans les trois grandes religions monothéistes, l’Enfer est mu par des caractéristiques mineures différentes selon celle évoquée. Chez les juifs anciens d’abord, le Shéol est une perpétuation fantomatique de la vie réelle. Plus tard, dans la littérature talmudique, l’Enfer sera décrit comme un lieu où les méchants sont jugés après leur vie terrestre, établissant de ce fait les fondements du Christianisme. Dans le Christianisme donc, l’Enfer est une idée centrale apparaissant explicitement dans le Nouveau testament. Dans son aspect primitif, le concept d’Enfer unit des idées du judaïsme, de la mythologie grecque pour ne citer qu’eux. Il devient le lieu réservé à ceux qui meurent en état de péché mortel, puis le lieu de châtiment de Satan et des autres anges déchus, résidence de tous les mortels décédés sans repentis. Enfin, dans l'Islam, l’Enfer est aussi un lieu de châtiment, fondé, par exemple, sur des tourments tels que l’eau bouillante dans laquelle sont jetés les damnés.

L'Enfer dans l'art

Le Diable

SON ORIGINE

Le terme "Satan" trouve son origine dans la langue hébraïque et signifie ennemi. Lucifer, quant à lui, se compose de "lux" qui signifie lumière, et de "ferre" que l'on traduit par porter, « porteur de lumière." En effet, c’était une créature si appliquée dans sa vénération de Dieu qu’elle a eu la place la plus privilégiée auprès de son Créateur. Son ambition à se rapprocher de Dieu, cependant, a fini par être entachée par un orgueil sur-dimensionné. Dieu, Satan l’a défié. Ainsi, il fut chassé et devint l’ennemi de Dieu, d’où son origine hébraïque. Et "diable", alors ? Et bien, étymologiquement, "diable" vient du mot grec diabállô qui se traduit par "celui qui divise." Lorsque Satan a refusé de se soumettre à son Créateur en se prosternant devant Adam, il a juré à Dieu qu’il séduira toutes ses créatures en les faisant tomber dans le péché. Ainsi, il est celui qui trompe, qui égare et qui désunit les Hommes.

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UNE APPARENCE ANIMALE

Dans la Bible, on retrouve très peu de détails sur l’apparence du Diable. Ainsi, pour l’illustrer, les artistes se sont inspirés d’anciennes traditions païennes où Satan combine les sabots fourchus du dieu Pan et les cornes des dieux de divers cultes du Proche-Orient. La littérature a également été une grande influence dans la manière dont Satan est dépeint. L’Enfer de Dante se place comme l’une des représentations les plus graphiques du prince des ténèbres. À travers les siècles, les artistes l’ont représenté sous différentes formes. En réalité, on le dépeint selon des caractéristiques qui s’apparentent aux animaux. À titre d’exemple, ses cornes sont celles du bouc, inspirant la violence ; l’attribut de la procréation de l’animal est une autre raison qui explique son association à Satan, ce dernier incitant à la luxure. L’impureté de ses actes le lie au porc, son anormalité l’associe à la chauve-souris. 

 

HUMANISÉ

Dès le XVIIIe siècle, l’apparence du Diable se penche davantage vers un physique humain. Suite aux révolutions américaine (1765) et française (1789), toute animalisation de l’Ange déchu est troquée contre un symbole de la rébellion face au pouvoir divin. Le poète anglais John Milton va même jusqu’à faire de Satan un héros tragique et pitoyable dans Paradise Lost. Le Diable prend un caractère fourbe et élégant au XIXe siècle. Afin de persuader par la ruse, son apparence se doit être plus sournoise qu’animale.

 

SON IMAGE CONTEMPORAINE

Aujourd’hui, l’image de créature rouge ailée et couronnée de cornes persiste dans notre esprit. Cela dit, l’art contemporain dépeint parfois le Diable comme étant l’être humain lui-même. « Heaven and Hell" de Andres Serrano, par exemple, met en scène un cardinal impliqué dans la torture. Lorsque les structures religieuses sont tombées au XXe siècle, les artistes se sont mis à voir l’Église comme étant le foyer du mal. Ici, Serrano dénonce une l’hypocrisie de l’Église catholique en nous poussant à nous poser des questions telles que : "où est-ce que le mal prend son origine ?" Sur les pas de Paradise Lost de John Milton, des séries modernes comme Lucifer reprennent le mythe du Diable en le dépeignant comme étant un personnage aussi pathétique que l’Homme.

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