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Biennale de Lyon 2026 : l’art contemporain à la conquête de la ville

Photo du rédacteur: Andréa
Andréa
il y a 21 heures
3 min de lecture

Du 19 septembre au 13 décembre, la 18e Biennale d’art contemporain de Lyon investit une douzaine de lieux dans la métropole. Sous le titre « Passer d’un rêve à l’autre », la commissaire Catherine Nichols invite les visiteurs à franchir les frontières entre institutions, espaces urbains et vie quotidienne, en prenant les traboules lyonnaises comme fil conducteur.


Photo : Archana Hande, Weaving Light, 2009-2025. © Artspace, Sydney. Photo: Hamish McIntosh.
Photo : Archana Hande, Weaving Light, 2009-2025. © Artspace, Sydney. Photo: Hamish McIntosh.

À Lyon, certaines portes ouvrent bien plus que sur une simple cour. Un escalier, un couloir, une traboule et, en quelques pas, la rue réapparaît ailleurs. Pour sa 18e édition, la Biennale d’art contemporain s’empare de cette manière singulière de circuler dans la ville pour imaginer un parcours à travers les œuvres, les lieux et les usages. Intitulée « Passer d’un rêve à l’autre », cette édition conçue par la commissaire australienne installée à Berlin Catherine Nichols s’inspire notamment du Livre des passages de Walter Benjamin. Le philosophe allemand y observait les galeries parisiennes comme les décors d’un monde bouleversé par l’industrie, le commerce et la consommation.


Les traboules comme point de départ

À Lyon, les passages racontent une histoire différente. Celle du commerce de la soie et des canuts, du travail ouvrier, des révoltes sociales et de la Résistance, mais aussi celle des transformations urbaines contemporaines. Les traboules deviennent ainsi le point de départ d’une réflexion sur l’économie au sens large : produire, échanger, transmettre, prendre soin, habiter ou encore exploiter les ressources.

La Biennale questionne ainsi la notion de valeur. Que vaut une matière, un objet, un savoir-faire ou une relation lorsqu'on les considère autrement que sous l'angle de leur prix ?

Cette réflexion s'appuie notamment sur l'œuvre de Robert Filliou, figure du mouvement Fluxus, pour qui l'art devait se mêler à la vie quotidienne. La création y est envisagée comme un processus collectif fondé sur l'échange, le jeu, l'expérimentation et parfois l'échec. Cette philosophie se retrouve dans les espaces baptisés « La Fête Permanente », installés dans les trois principaux sites de la Biennale. Canapés, fauteuils et éléments mobiles doivent permettre aux visiteurs de s'asseoir, d'échanger, d'écouter ou encore d'assister à des performances et à des programmes radiophoniques.

Le public n'est donc plus seulement spectateur : il est invité à prendre part au parcours.


De l’Océanie aux rues de Lyon

Plus d'une centaine d'artistes participent à cette édition, venus de générations et d'horizons géographiques variés. Une attention particulière est accordée à l'Australie, à la Nouvelle-Zélande et au Pacifique, des scènes encore relativement peu représentées en France.

Parmi les artistes présentés figurent notamment Fiona Clark, qui photographie depuis plusieurs décennies des communautés marginalisées en Nouvelle-Zélande, Serwah Attafuah, connue pour ses univers virtuels peuplés d'avatars afrofuturistes, ou encore Yuriyal Eric Bridgeman, dont le travail mêle peinture, pratiques communautaires et traditions de son clan en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Mais la Biennale ne se limite pas aux lieux culturels habituels. Les œuvres investissent également les traboules des pentes de la Croix-Rousse, le jardin du musée des Beaux-Arts, le parking Saint-Antoine, la station de métro Part-Dieu, la Cour des Loges, la Fondation Bullukian, l'Institut d'art contemporain de Villeurbanne ou encore le musée des Confluences. L'art contemporain se déplace ainsi hors des murs traditionnels de l'exposition pour s'inscrire dans des espaces traversés quotidiennement par les habitants.


Des œuvres au plus près des habitants

Au musée des Beaux-Arts, l'exposition « Musée sentimental », conçue avec le macLYON et le Centre Pompidou, réunira une soixantaine d'artistes autour de la pratique de la collection. De Marcel Duchamp à André Breton, de Christian Boltanski à Annette Messager, les œuvres s'intéresseront à la manière dont des objets ordinaires peuvent devenir les supports d'une mémoire personnelle.

Cette volonté de rapprocher l'art des usages et des habitants se prolonge avec la Biennale en territoires. Plusieurs projets seront menés avec des équipes et des patients de l'hôpital Saint-Jean-de-Dieu à Oullins-Pierre-Bénite, dans un quartier d'Écully, entre le 9e arrondissement de Lyon et Saint-Pierreville en Ardèche, mais aussi auprès de salons de coiffure africains de la Guillotière.

Ces initiatives abordent des sujets aussi variés que l'économie du soin, la consommation raisonnée, le patrimoine textile ou encore les normes de beauté, en associant directement les personnes concernées.


Une Biennale à parcourir plutôt qu'à suivre

Avec cette 18e édition, la Biennale de Lyon entend moins proposer un parcours linéaire qu'un réseau de chemins. Les trois principaux sites — le macLYON, les Grandes Locos et le musée des Tissus — constituent les axes majeurs d'une manifestation qui se déploie ensuite dans différents quartiers et territoires de la métropole. À l'image des traboules qui lui servent de fil conducteur, la Biennale invite donc à changer de perspective, à franchir les murs et à emprunter des chemins de traverse. Une invitation à regarder la ville autrement, en acceptant parfois de s'y perdre pour mieux découvrir ce qui se cache derrière ses passages.

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