VAGUES

Virée en eaux profondes, aux portes de la nuit

Aux portes de la nuit, tel est le titre du nouvel album de Vagues. Suite à la sortie de leur dernier EP Depuis les toits en 2017, le groupe revient avec un voyage sombre et poétique, paradoxe entre rage

de vivre et désespoir. - S. Cordat

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Formé entre Lyon et Bourg-en-Bresse il y a quatre ans déjà, Vagues prend le pari de mélanger des textes chantés en français dans un univers post-rock caverneux. Suite au shoegaze à la française de l’EP Depuis les Toits publié en 2017, le deuxième pointe le bout de son nez cette année. Aux portes de la nuit rassemble à nouveau cinq titres qui s’écoutent autant le jour que la nuit. Dorénavant, le jeu des contrastes est garanti par une production générale plus claire et plus ouverte aux détails sonores. 

 

Parmi les influences citées par les intéressés eux-mêmes, Paul Banks ou Alcest demeurent des références absolues du groupe. Par conséquent, on retrouve les mêmes procédés chez eux : lorsque la mélancolie des lignes vocales s’estompe, ce sont les orages et les tornades qui prennent le relais. Les guitares texturées oscillent entre les effets d’échos à bandes et les fuzz dantesques, celles-ci attribuant au passage une couleur obscure aux compositions engagées. D’ailleurs, Noir Désir ne renierait certainement pas les thèmes abordés.

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Chaque morceau a une logique d’intensité. Les arpèges de Dernier Virage sont salis au fur et à mesure de ce long crescendo, jusqu’à exploser lors d’un final aussi saturé que possible. La progression du travail de Vagues est alors indéniable : les timbres instrumentaux superposés entre eux créent l’unité que l’on est en droit d’attendre d’une nouvelle collection de chansons. Durant les accords du single Impasses, le lead singer donne ses impressions sur le temps qui passe en alternant la mélodie triste et son spoken-word : « un jour nous irons nous recueillir dans un jardin à l’abandon, comme des fleurs en souvenir ternies et fanées par les saisons. » Une fois rattrapé par la conscience, Le Velours du soir renchérit avec un long poème-rock sombre sur une mer houleuse. Ici, la tension narrative oblige le groupe à étendre ses atmosphères diaphanes, qui imitent les mouvements de l’écume. Il en va de même pour la montagne russe Grand Incendie qui se termine en apothéose électrique. Pour ce qui est de l’ultime pièce maîtresse, La Tempête de douze minutes condense toutes les dynamiques exposées auparavant dans un nouveau contexte. Les mots avertissent du consumérisme ambiant et des catastrophes naturelles liées à la mise en parenthèses de l’écologie par le phénomène d’hyper-mondialisation (le grand navire va sombrer). La rage musicale traduit plutôt bien le sentiment de « trop-tard » avec un glas qui résonne durant les dernières secondes de ce tsunami. 

 

Vague n’a pas oublié de se remettre en question. Les tests en studio ont porté leur fruit et ont fait évoluer la formation vers une esthétique plus fixe, un lieu où le rock francophone part en larsen pour dénoncer les injustices.